– Chroniques –

Comment allez-vous ?

Je cherche toujours la photo, la photo emblème, la photo posée, la photo encadrée. Chaque foyer exhibe au moins une de ces photos qui exigent le spectateur, le témoin.

Parfois, c’est une photo de couple, apprêté, mis en scène, jouant peut-être le plus beau jour de son amour (quand bien même est-il antérieur à la prise de vue). Le couple a cherché dans son souvenir comment rendre justice à ce qui a été, cherché dans sa mémoire une posture digne d’être remémorée. On ne veut pas imprimer le regard de la désillusion. On sourit pour la postérité. On sauve les apparences. La photo trône tel un ex-voto. Voilà ce qui m’a été accordé, cette bénédiction-là, dans ma vie j’ai connu ce bonheur-là, cette illusion trop parfaite du couple en partance pour une vie entière.

Parfois c’est une photo de famille. Les enfants sont là, perchés sur les genoux et dans les bras de leurs géniteurs, inconscients d’occuper désormais toute la place pour une vie entière. La proximité de la petite enfance évoque cette saveur d’été éternel qu’on associe au bonheur.

Parfois, les photos sont simplement punaisées ou magnétisées sur un tableau, sur un frigo. Ces photos sont prises sur le vif, imparfaites, écornées, détourées ou détournées. Les regards s’échappent. Ces photos accompagnent le fil des jours, elles disent la fragilité de la vie et de l’amour. Les photos peuvent aisément être retirées ou ajoutées, glissées, à demi-recouvertes par d’autres. Le bonheur s’effrite ou se transforme en émotions plus subtiles. On se fait plus humbles, peut-être même plus raffinés en même temps que s’abîment les illusions.

 

PARUTION : ECHOS DE LA SURVIE ORDINAIREAOUT 2013

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